Elle l’arrête sur le seuil de l’image • Duo-Show — Anna Aucante, Camille Oarda

Dans Théorie de la restauration, Cesare Brandi écrit : « La matière dans l’œuvre d’art doit être intermédiaire à l’image, elle n’est jamais l’image elle-même. »
Les œuvres de Camille Oarda et Anna Aucante ont cela en commun : interroger le tableau dans ce qu’il a de plus fondamental, son statut d’image et la matière qui la rend possible.
En se concentrant précisément sur les conditions d’apparition des images, l’on retrouve une même singularité : elles ne se donnent pas facilement .
Sur les oeuvres de Camille Oarda, l’image semble se retirer à mesure que la matière est creusée, révélant les résistances, les aspérités et les fragilités du bois.Sur celles d’Anna Aucante, on la devine sous les couches de matière ajoutées et réorganisées.
Les œuvres d’Anna et de Camille agissent ainsi comme des passages, des seuils, permettant à l’image d’émerger sans jamais se fixer complètement.
Les images disparaissent et apparaissent, façonnées, in fine, par l’antagonisme de leurs gestes.
Camille Oarda grave, creuse et incise, faisant apparaître les vulnérabilités de la matière. L’œuvre naît de l’entaille. Les paysages qui émergent de ses supports portent les marques d’une blessure originelle ; ils donnent forme à ce qui demeure habituellement invisible. Il y a chez l’artiste l’idée de redonner à l’archéologie sa place dans l’art.
Anna Aucante, elle, décide d’intervenir là où quelque chose semble déjà avoir déjà été rompu. En raccommodant et en réassemblant, son travail est animé par une volonté de réparation. Comme elle le formule elle-même, il s’agit de « remettre de l’ordre ». Un ordre qui n’a rien d’autoritaire mais qui devient, au contraire, la condition d’une harmonie retrouvée.
Entre ces deux démarches se dessine une tension féconde. Camille révèle les entailles, Anna les soigne. Quand l’une ouvre la matière pour en faire apparaître les failles; l’autre travaille à les relier, à leur donner une forme habitable.
Loin de s’exclure, leurs pratiques se répondent et se complètent, donnant naissance une harmonie féconde entre image et matière.
Là réside encore sans doute l’harmonie évoquée par Brandi : ce point d’équilibre fragile où un élément demeure visible sans jamais cesser de conduire le regard vers un autre.
