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Eaux douces • Duo-Show — Magali Cazo & Ada Kafel

Eaux douces
Magali Cazo et Ada Kafel
À l’occasion de leur exposition « Eaux Douces », présentée du 4 au 20 décembre 2025, Magali Cazo et Ada Kafel nous invitent à nous immerger dans une méditation poétique. Parcourant les paysages imaginaires de Magali et les délicats portraits d’Ada, l’eau se montre symbole de soin et de douceur, de fluidité et de sérénité, élément naturel et puissance invisible qui nous appelle à la contemplation.
Au sein des oeuvres sélectionnées pour l’exposition, l’eau apparaît avant tout comme sujet. Chez Magali, l’espace du papier est parsemé de lacs, parcouru de cours d’eau. Un dialogue silencieux se noue entre les pleins et les vides, les reliefs et leurs reflets, entre la quiétude colorée du ciel et le mouvement des ruisseaux. Inspirée par les paysages ardéchois qu’elle habite depuis plusieurs années, Magali conçoit son oeuvre comme une célébration des métamorphoses qu’accueille chaque rivière, chaque mare. Elle nous invite à entrer dans le paysage, à nous mettre au diapason des rythmes qui l’animent. Cette attention au rythme et au mouvement parcourt également le travail d’Ada, dont les portraits féminins célèbrent l’ondoiement du corps, la fluidité du geste. Des drapés généreux répondent à des postures de danse, des gestes de repos.
Chez Ada, l’eau est intérieure, elle est cette puissance discrète qui régit le mouvement et la pause, l’action et la contemplation, l’inquiétude et la tendresse. Elle est aussi medium, condition primordiale du travail de l’encre, chez Magali, et de l’aquarelle, chez Ada. Préférée à l’huile et au dessin pour les séries présentées ici, l’eau transforme complètement le rapport qu’entretient l’artiste avec son oeuvre. Il n’est pas question de contrôle, mais de hasard, pas de maîtrise, mais d’abandon, pas de raison, mais d’intuition. La finesse du papier, le mouvement de l’eau sur la feuille, la rapidité du séchage sont autant de contraintes que les deux artistes embrassent pour la richesse qu’elles dissimulent. Il s’agit ici de se mettre à l’école de la matière, d’entrer dans le rythme propre de l’oeuvre, de composer avec l’inattendu. Qu’il s’agisse d’aplats vaporeux, comme chez Magali, ou du geste sinueux du pinceau d’Ada, tout ici rappelle la danse de l’eau et des pigments.
Alors le geste de création devient méditation, hommage à la beauté du monde, et, plus que tout, moment de soin. L’eau est une force de transformation, elle accompagne les métamorphoses intérieures et extérieures, elle répare et réinvente. Elle est surtout le lieu concret d’une rencontre, d’une relation. Comme l’eau d’une rivière sculpte les galets de son lit, les oeuvres d’Ada et Magali gardent la trace d’une co-création, d’un échange silencieux entre l’artiste et la matière, d’une négociation permanente entre la nécessité du geste et sa possible retenue. La douceur, ici, est force créatrice. C’est une qualité d’attention à l’altérité, une éthique du non-agir. L’artiste contemple, plutôt qu’elle ne dicte, les transformations des êtres et des choses.
S’effacer, se dissoudre, voilà sans doute le coeur de cette expérience. Pour les deux artistes, le moment créateur est un moment de méditation, de plongée dans la matière, de fusion du moi dans la beauté de l’altérité. Par cette posture d’attention extrême et d’économie du geste, Ada et Magali se mettent au diapason de leurs sujets. C’est une méditation qui nous est proposée.
Laissons nos regards se perdre dans les oeuvres, découvrir ici et là les subtiles chorégraphies de l’eau et des pigments, la dissolution d’un reflet dans le blanc de la page. Figuratives et délicatement colorées, les oeuvres des deux artistes créent un pont pour notre regard, de la forme des choses à leur invisible profondeur.
En plongeant dans les « Eaux Douces » de Magali Cazo et Ada Kafel, abandonnons nos désirs de contrôle, délaissons la raison et mettons nous à l’école du vivant. Sous nos yeux, lacs, rivières et silhouettes entament un ballet fascinant, une lente métamorphose à laquelle nous pouvons prendre part. Tout est déjà en train d’advenir, il nous suffit de laisser faire et de prendre notre place dans cette grande valse des éléments. À la fois sujet et matière, l’eau traverse toutes les couches de ces oeuvres, comme une invitation à nous fondre avec elle dans l’harmonie du monde.
Armand Camphuis
