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Group Show • ‘KOMOREBI’

21 mars, 16:00 - 18 avril, 17:00
Gratuit

« KOMOREBI est le mot japonais pour le miroitement de la lumière et des ombres, qui est créé par les feuilles se balançant dans le vent. Il n’existe qu’une fois, à ce moment-là. »

Perfect Days, Wim Wenders, 2023

Avez-vous déjà fait l’expérience du komorebi ? En forêt, au bord d’une rivière ou dans un parc, notre regard distrait a été attrapé par un petit théâtre d’ombres et de lumières dessiné sur le sol. Ce mot japonais, qui ne connaît aucun équivalent en français, décrit à la fois un phénomène – la lumière qui filtre entre les feuilles des arbres – et l’expérience qu’on en fait. Autant qu’un évènement fugace, il évoque la sensation que produit cette lumière dansante sur le spectateur attentif au monde qui l’entoure. Chaque komorebi est unique : il n’existe qu’une fois, à cet instant précis, pour celui qui le reçoit.

Comment saisir la lumière ? Et comment retenir ce qui, par nature, ne se reproduit jamais ? C’est à ces questions que se confrontent, chacun avec ses outils et sa patience, les trois artistes réunis ici. Le phénomène lumineux que poursuivent Diane Benoit du Rey, Claire Olivier et Thomas Lesigne est de l’ordre de la sensation : une lumière qu’on reconnaît avant de la voir, et qui appartient autant au monde extérieur qu’à notre vie intérieure : celle des rêves, des souvenirs et des réminiscences.

Diane Benoit du Rey travaille depuis les profondeurs. Celles de la matière picturale, qu’elle soit d’huile ou de pastel. Couche après couche, elle la dépose et l’accumule jusqu’à ce que quelque chose vienne affleurer à la surface : un halo, un scintillement, une présence pure de couleurs qui semble venir de l’intérieur même de la toile. Le geste chez Diane est physique, presque athlétique – des heures entières à fondre les couleurs, à les faire vibrer les unes contre les autres, sans que jamais la main du peintre ne reste visible.

On pense à ce que disait James Turrell de la lumière qu’il fabrique dans ses installations : une lumière qui ne serait pas celle du jour mais celle du rêve, celle qu’on voit les yeux fermés, quand on appuie sur ses paupières. Chez Diane Benoit du Rey, la peinture devient ce lieu paradoxal où la lumière ne vient pas du dehors mais sourd de la matière même. On vient voir ces œuvres et ce sont elles qui nous enveloppent et nous tirent doucement vers ce monde tangent qu’elles laissent affleurer.

C’est autre chose qui s’opère dans le travail de Claire Olivier. Ses œuvres de verre sont des pièges tendus à la lumière : elles la captent, la diffractent et jouent avec elle, pour mieux nous raconter l’envers du monde. Ce qu’on voit n’est jamais tout à fait l’œuvre : c’est l’œuvre plus la lumière du jour, plus l’heure qu’il est, plus l’endroit où l’on se tient. Le matin, ce n’est pas la même. Le soir non plus. Un nuage passe, et tout change. La lumière est chez Claire un évènement relationnel entre un temps, un lieu, une matière et un regard.

Ses sculptures agissent comme des objets-seuils : créatures de verre qui veillent, chaînes d’or qui relient la terre et le ciel, clés pour des portes qu’on ne voit pas. Autant de talismans qui piègent la lumière et la restituent transformée, porteuse de récits et de mémoire. Car Claire Olivier est avant tout une artiste-conteuse : ses œuvres sont les fragments d’une histoire qu’elle ne livre jamais entièrement. Il y a là la trace d’un monde perdu, d’une enfance qu’on tenterait de reconstruire — et dont la lumière, seule, garde le souvenir.

Thomas Lesigne explore ces questions lui aussi, mais à l’aquarelle. Sa technique est singulière : sur une feuille gorgée d’eau, il dépose des touches de couleur qui se diffusent, migrent et fusionnent. Le pigment voyage et échappe en partie à la main qui l’a posé. L’image qui en résulte a quelque chose de tremblant, d’inachevé — non pas par défaut, mais par nature. Comme si elle continuait de se former sous nos yeux. Les paysages chez Thomas deviennent des souvenirs lumineux : les Caraïbes, l’Amérique centrale, le sud de la France, autant de géographies intérieures qui reviennent sous forme de climats colorés. Lui-même parle de « mémoire géographique » : une mémoire qui ne retient pas les détails mais les températures, les densités, les vibrations. Ce qu’on garde d’un lieu quand on l’a quitté depuis longtemps.

Les Irlandais ont un mot, loinnir, pour désigner la lumière du soleil qui danse sur la mer – ce bruissement lumineux à la surface de l’eau. Il y a du loinnir chez Thomas Lesigne : les couleurs vibrent, miroitent, étirent le temps et refusent la fixité. Elles révèlent et dissimulent à la fois, comme dans un rêve dont on ne saurait plus dire s’il appartient au passé ou si on l’a construit de toutes pièces.

Trois artistes, trois gestes, trois manières de répondre à la même question. Et il pourrait y en avoir tant d’autres. Mais leur point commun est de ne pas chercher à domestiquer totalement cette lumière, de ne pas s’attarder uniquement sur le phénomène optique. Ce qui est plutôt à l’œuvre dans leurs pratiques, c’est l’attention : cette faculté rare de se laisser toucher par ce qui passe.

On sort peut-être de l’exposition avec une perception légèrement modifiée. Plus attentive au murmure des choses, à leur susurration lumineuse. On lève les yeux sans raison, et on remarque, sur un mur, un chatoiement qu’on n’aurait pas vu avant. Un komorebi. Il n’existe qu’une fois, à ce moment-là.

Camille Merklen

Détails

  • Début : 21 mars, 16:00
  • Fin : 18 avril, 17:00
  • Prix : Gratuit
  • Catégorie d’Évènement:

Organisateur

  • Conscious Paris
  • Téléphone +33 6 37 48 51 54
  • E-mail info@consciousparis.com

Lieu

  • 12 rue de Normandie

Vernissage — Samedi 21 mars de 16h à 20h

0 Participants
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