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SUMMARY:Véronique Masurel\, 'Comme un éclat dans l'épaisseur de l'été'
DESCRIPTION:Pour un psychanalyste\, la réalité renvoie à une réalité interne à la personne : les affects\, la vision du monde\, le désir. \nCette réalité interne est l’objet de projections qui\, souvent\, font croire que la réalité interne n’y peut\, et qu’il y a bien une réalité externe tangible\, descriptible. Notre monde technicisé\, avec ses convictions en un Tout Science – vérité absolue accrédite des réalités descriptibles comme clivées de la subjectivité\, c’est-à-dire des vérités qui s’énoncent et se vérifient par la preuve.\n​\nDans cette affaire\, comment situer le travail de l’artiste et à fortiori celui de Véronique Masurel ? \nDepuis l’impressionnisme\, la question d’une représentation subjective et des procédés pour la produire a mobilisé et mobilise encore des artistes autour d’un impossible : représenter ce qui ne se représente pas\, mais se perçoit ou se ressent. \nLe dire relève d’une grande banalité\, voire d’un discours convenu\, ou même dépassé. Pour autant\,\nla vitalité et la quête en sont infinies. Véronique suit le fil d’un dépouillement\, le sien\, celui des représentations d’un jardin de l’enfance qui ne se sont jamais éteintes\, des forêts et de ce qu’elles génèrent d’imaginaire\, de symbolique et d’archaïque. \nComment représenter jardin et forêts\, non comme une réalité descriptible qui met la représentation du côté du naturalisme\, mais comme une production subjective ? Par son double travail\, pictural et dessiné\, Véronique tisse un va et vient entre un naturalisme apparent\, celui du dessin\, et une abstraction vers laquelle sa peinture tend. \nComment simplifier sans simplisme ? Comment aller à la structure\, n’en rien montrer\, encore moins démontrer et faire surgir le désir\, l’archaïque\, le souvenir\, la résurgence\, la réinterprétation ?\nComment s’y perdre\, se réjouir de ce foisonnement\, voir l’arbre et pas seulement la forêt\, le plissement d’une tige et pas seulement la touffe\, voir la touffe et pas seulement l’immensité éperdue\, voir l’immensité éperdue de ce qui est visible par la représentation\, c’est-à-dire le plein ? \nComment voir ce qui existe entre les pleins et que l’on désigne communément par simplisme « le vide » ? La réponse tient dans mes questions. Comme en musique\, le plein n’existe que par le blanc\, ce vide habité\, comme le bruit existe par les silences. Le jardin comme la forêt ne font jamais silence. Ils peuvent faire silence du bruit humain\, mais bruisse de craquements\, de chants\, de souffles\, de bruits secs ou humides\, et tremble des lumières que chaque brin d’herbe et feuille vient diffracter. C’est ce projet\, cette utopie jamais finie que l’exposition « plus loin que les vastes forêts »*1 vient soutenir.\n​\n*1 – d’après le poème « Voeu » de Victor Hugo.
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SUMMARY:Carla Talopp\, ‘Phusis\, ce que le vivant nous murmure’
DESCRIPTION:Il existe des artistes qui épousent le souffle profond du monde\, qui battent au rythme même de la vie. \nL’art de Carla Talopp est une écoute active du vivant\, une plongée dans ses flux visibles et invisibles.\nL’artiste réaffirme une évidence oubliée : nous sommes traversés par une force qui nous dépasse\, un élan\, un frémissement\, un chant. \nLa puissance de l’éclosion – phusis chez les Grecs – cette force intime par laquelle tout être vivant se meut de l’intérieur en est ici la clé secrète et lumineuse. \nPlonger dans l’univers de l’artiste\, c’est accepter de se laisser emporter par une puissance douce et indomptable. Couleurs franches\, foisonnement de formes\, profusion du végétal\, surgissement d’animaux mythiques : tout\, dans sa pratique\, relève de la célébration. L’acte de création est total : le corps\, l’esprit\, le souffle sont mobilisés ; l’artiste devient passeuse d’une énergie primordiale\, quasi chamanique\, puisée aux racines du monde. \nCette énergie n’est ni floue ni abstraite. Au gré de voyages en Inde\, au Cambodge\, au Maroc\, ou encore plus récemment au Sri Lanka\, Carla Talopp s’est chargée de lumières\, de chants d’oiseaux\, de couleurs vernaculaires\, d’intuitions fugaces. Le paon\, figure récurrente\, en devient le totem : éclatant\, altier\, mystérieux. Il incarne à lui seul cette tension entre l’émerveillement et le sacré. C’est qu’au-delà de la profusion formelle\, l’œuvre de Carla Talopp est profondément spirituelle. \nElle évoque cette part du monde qu’on ne voit qu’en fermant les yeux\, ce que le vivant nous murmure. \nL’artiste met le soin au coeur de sa création. Elle crée pour renouer\, pour réenchanter\, pour réapprendre à écouter « la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe » (Friedrich Hegel). Son geste pictural se fait geste de reliance : aux autres vivants\, aux forces de vie\, à l’élan même qui permet à toute chose de s’éclore. \nEn cela\, son travail fait écho à une cosmologie renouvelée – celle que des penseurs comme Bruno Latour\, Leibniz ou Henri Bergson ont cherché à faire émerger : celle d’une Terre habitée\, traversée de vitalités multiples\, agissantes\, interdépendantes. \nDans chaque dessin\, dans chaque peinture s’ouvre un cycle\, une saison\, un printemps de formes et d’énergies qui tend vers un été indicible. \nSes oeuvres augmentent notre puissance d’exister. Elles nous rappellent\, par la voie des sens\, que la joie est un savoir\, que l’émerveillement est une posture politique\, et que chaque être – qu’il soit feuille\, femme ou constellation – porte en lui la même pulsation. \nInès Frachon\nCuratrice indépendante
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LOCATION:12 rue de Normandie
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SUMMARY:Théo David\, 'un hiver avec une cigale'
DESCRIPTION:Le titre de l’exposition comporte d’emblée quelque chose de poétique. La survie d’une cigale au cœur même de l’hiver. L’équation impossible d’un être voué à mourir à la fin de la saison estivale\, qui résisterait aux assauts du temps et supporterait les nuits les plus sombres. La respiration du printemps en plein frimas d’automne. La promesse de l’aube. \nCar\, quelque part\, passer l’hiver avec une cigale revient à sauvegarder l’été qui vient. Comme une flammèche que l’on tiendrait précieusement pour rallumer un feu. Un brin de soleil dans la poche.\nNous pouvons dire que les toiles de Théo David présentent cette dualité. D’un côté\, des personnages esseulés\, à l’air pensif\, sinon même ombrageux\, et\, de l’autre\, la nature qui se déploie dans tout ce qu’elle a d’éloquent et de sauvage. Le contact entre les deux semble quelque peu rompu\, comme si les figures représentées méditaient avec mélancolie sur cette distance soudaine\, sur ce manque qu’ils peuvent ressentir au fond de l’âme. Les plantes ont beau être là\, tout prêt\, on sent qu’un gouffre les sépare. Elles viennent comme des présences annonciatrices\, comme des fenêtres ouvertes sur quelque chose de plus grand et d’inaccessible. Un autre monde. Justement\, ces personnages ne sont pas complètement fermés à elles. Ils paraissent avoir trouvé refuge dans un moment suspendu que le peintre a souhaité fixer sur sa toile. Il y a quelque chose de l’ordre des retrouvailles dans ces scènes. On a l’impression que ces jeunes gens ont réussi à échapper aux empires construits depuis la nuit des temps\, à l’apogée des civilisations écrasantes\noù le pouvoir a pris toute la place et qu’ils s’étaient mis à converser avec la nature\, du moins à aller à sa rencontre. En-dehors du monde ordinaire\, dans une bulle\, ils semblent survivre telles des cigales en plein hiver. \nAutour d’eux\, existent aussi d’étonnants paysages. Une montagne de sel entourée d’un ciel gris.\nUne grotte énigmatique dans les calanques de la Méditerranée qui nous enveloppe et nous\nappelle. Une île incandescente qui se reflète sur la mer. Ces lieux\, comme les plantes précédemment évoquées\, prolongent cette tension entre l’humain et le vivant. Ils ne sont pas de simples décors : ils semblent habités d’un silence profond\, porteurs d’une présence\, d’un souvenir ou d’un appel que les personnages perçoivent dans leur retrait. Ce regard que le peintre pose sur les paysages — lui qui est natif de Marseille et arpente souvent la région — dépasse les représentations convenues du Sud. Il en donne une vision contrastée\, loin des images figées d’un éternel été\, comme s’il rappelait que même ici\, l’hiver a ses ombres et que la lumière a ses absences. \nC’est dans cette ambivalence que le travail de Théo David s’inscrit. Dans une chaleur froide ou dans une froideur douce. Un oxymore. Le peintre parvient à réunir ce que l’on croyait irréconciliable\, ce que les discours ambiants et les regards courts tiennent pour opposé. Il nous rappelle la force d’une nuance\, la beauté de l’inattendu et le mystère profond de la nature. \nJean-Baptiste Gauvin
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