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SUMMARY:Les secousses sous ma peau • Solo-Show — Julie Giblot Ducray
DESCRIPTION:Duras disait : « Mon enfance est une patrie d’eaux »1. Chez moi\, les enfants galopaient pieds nus\, le bétail envahissait les routes et la terre était cerclée d’eau. De l’eau\, partout\, à perte de vue : la mer\, les cyclones\, les pluies\, l’humidité. Je ne parle pas de Maurice\, terre de ma naissance\, mais de Rodrigues\, l’île sœur. Les vagues affleurent encore dans certains coups de mes pinceaux. Je n’ai pas besoin de représenter l’île for-mellement : la force des êtres\, la force des paysages me nourrissent. Ils peuplent mes pensées et jaillissent ensemble sur la toile. \n1« Je ne peux pas penser à mon enfance sans penser à l’eau. Mon pays natal c’est une patrie d’eaux. Celle des lacs\, des torrents qui descendaient de la montagne\, celle des rizières\, celle terreuse des rivières de la plaine dans lesquelles on s’abritait pendant les orages. La pluie faisait mal tellement elle était drue. » La Vie Matérielle\, éd. P.O.L (1987).
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SUMMARY:Ce que l'on entend de la fin du jour • Duo-Show — Angèle Guerre\, Anne Commet
DESCRIPTION:Ce qu’on entend de la fin du jour réunit les plasticiennes Anne Commet et Angèle Guerre autour d’une expérience commune\, celle du trouble perceptif et des vertiges qui surgissent à l’orée du crépuscule\, lorsque les repères visuels\, spatiaux et temporels s’amenuissent. Ici\, il n’est pas lieu de représenter le paysage\, mais de transposer\, de matérialiser des sensations internes qui s’opèrent dans la contemplation\, quelle qu’elle soit : variation de lumière\, densité de l’air\, odeurs\, tremblements presque imperceptibles. Le titre convoque l’ouïe pour mieux déplacer le regard. Il s’agit moins de voir que de sentir\, par le corps\, une modification du monde\, et de représenter\, à l’intérieur de soi\, la porosité de l’extérieur. L’abstraction fonctionne ici comme un intermédiaire\, comme condition d’une attention accrue à ce qui se joue au-delà de la surface visible. \nChez Anne Commet\, la perception est issue de la marche\, de la répétition et de la mémoire. La peinture se dépose par strates successives\, par transfert\, laissant apparaître des traces qui condensent une expérience vécue plutôt qu’un point de vue. Les formats verticaux\, l’absence de cadre perspectif et le procédé de monotype déplacent la peinture vers une physicalité assumée : la toile est un sol\, un support traversé. Certaines de ces photographies plus figuratives — fragments floraux\, buée du soir\, détail sculptural — ne rompent pas ce régime perceptif : elles en sont des seuils. Ici\, se déploie la pensée de l’écophénoménologue américain David Abram\, pour qui la perception engage une profondeur et une épaisseur du monde\, accessibles uniquement par un corps situé\, en relation continue avec son environnement[1]. \nLe travail d’Angèle Guerre engage le dessin comme une action lente et incisive\, où la surface est entamée\, grattée\, scarifiée. Papier\, miroir ancien\, cuir : chaque support est traité comme une peau\, porteuse de mémoire. La série « Vertige\, un soir » explore un état intermédiaire\, entre jour et nuit\, mouvement et immobilité\, où l’espace se fragmente en rythmes et en pulsations. L’absence de perspective ou d’horizon ne nie pas le paysage\, mais le recompose à partir de gestes répétés\, proches de pratiques artisanales ancestrales. Cette attention au trouble\, à l’épaisseur sensible et au mystère de la présence fait écho aux analyses de Georges Didi-Huberman sur la trace et la ressemblance par contact[2]\, où ce qui doit être vu n’est pas la résultante de l’image\, mais son envers\, ce qui se cache\, qui se devine\, au-delà d’elle. Dans Ce qu’on entend de la fin du jour\, la contemplation n’est pas distante\, elle est corporelle. Le regard fait émerger une présence qui semble se tenir\, précisément\, à la fin du jour et qui convoque le corps tout entier à s’approcher des toiles\, des dessins et des photographies d’Anne Commet et d’Angèle Guerre. Il permet d’envisager\, dans ce que nous réclamons de plus en plus d’un temps long\, en dehors du vacarme assourdissant de nos quotidiens\, une perception active\, ancrée dans notre environnement. Visiteurs et visiteuses se tiennent ainsi dans cet entre-deux\, où le visible glisse vers une expérience personnelle appelant la poésie sensible du monde. \nSandra Barré \n[1] David Abram\, Devenir animal\, une cosmologie terrestre\, 2024. \n[2] Georges Didi-Huberman\, La ressemblance par contact archéologie. Anachronisme et modernité de l’empreinte\, 2008.
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