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SUMMARY:Group Show • ‘KOMOREBI’
DESCRIPTION:« KOMOREBI est le mot japonais pour le miroitement de la lumière et des ombres\, qui est créé par les feuilles se balançant dans le vent. Il n’existe qu’une fois\, à ce moment-là. » \n— Perfect Days\, Wim Wenders\, 2023 \nAvez-vous déjà fait l’expérience du komorebi ? En forêt\, au bord d’une rivière ou dans un parc\, notre regard distrait a été attrapé par un petit théâtre d’ombres et de lumières dessiné sur le sol. Ce mot japonais\, qui ne connaît aucun équivalent en français\, décrit à la fois un phénomène – la lumière qui filtre entre les feuilles des arbres – et l’expérience qu’on en fait. Autant qu’un évènement fugace\, il évoque la sensation que produit cette lumière dansante sur le spectateur attentif au monde qui l’entoure. Chaque komorebi est unique : il n’existe qu’une fois\, à cet instant précis\, pour celui qui le reçoit. \nComment saisir la lumière ? Et comment retenir ce qui\, par nature\, ne se reproduit jamais ? C’est à ces questions que se confrontent\, chacun avec ses outils et sa patience\, les trois artistes réunis ici. Le phénomène lumineux que poursuivent Diane Benoit du Rey\, Claire Olivier et Thomas Lesigne est de l’ordre de la sensation : une lumière qu’on reconnaît avant de la voir\, et qui appartient autant au monde extérieur qu’à notre vie intérieure : celle des rêves\, des souvenirs et des réminiscences. \nDiane Benoit du Rey travaille depuis les profondeurs. Celles de la matière picturale\, qu’elle soit d’huile ou de pastel. Couche après couche\, elle la dépose et l’accumule jusqu’à ce que quelque chose vienne affleurer à la surface : un halo\, un scintillement\, une présence pure de couleurs qui semble venir de l’intérieur même de la toile. Le geste chez Diane est physique\, presque athlétique – des heures entières à fondre les couleurs\, à les faire vibrer les unes contre les autres\, sans que jamais la main du peintre ne reste visible. \nOn pense à ce que disait James Turrell de la lumière qu’il fabrique dans ses installations : une lumière qui ne serait pas celle du jour mais celle du rêve\, celle qu’on voit les yeux fermés\, quand on appuie sur ses paupières. Chez Diane Benoit du Rey\, la peinture devient ce lieu paradoxal où la lumière ne vient pas du dehors mais sourd de la matière même. On vient voir ces œuvres et ce sont elles qui nous enveloppent et nous tirent doucement vers ce monde tangent qu’elles laissent affleurer. \nC’est autre chose qui s’opère dans le travail de Claire Olivier. Ses œuvres de verre sont des pièges tendus à la lumière : elles la captent\, la diffractent et jouent avec elle\, pour mieux nous raconter l’envers du monde. Ce qu’on voit n’est jamais tout à fait l’œuvre : c’est l’œuvre plus la lumière du jour\, plus l’heure qu’il est\, plus l’endroit où l’on se tient. Le matin\, ce n’est pas la même. Le soir non plus. Un nuage passe\, et tout change. La lumière est chez Claire un évènement relationnel entre un temps\, un lieu\, une matière et un regard. \nSes sculptures agissent comme des objets-seuils : créatures de verre qui veillent\, chaînes d’or qui relient la terre et le ciel\, clés pour des portes qu’on ne voit pas. Autant de talismans qui piègent la lumière et la restituent transformée\, porteuse de récits et de mémoire. Car Claire Olivier est avant tout une artiste-conteuse : ses œuvres sont les fragments d’une histoire qu’elle ne livre jamais entièrement. Il y a là la trace d’un monde perdu\, d’une enfance qu’on tenterait de reconstruire — et dont la lumière\, seule\, garde le souvenir. \nThomas Lesigne explore ces questions lui aussi\, mais à l’aquarelle. Sa technique est singulière : sur une feuille gorgée d’eau\, il dépose des touches de couleur qui se diffusent\, migrent et fusionnent. Le pigment voyage et échappe en partie à la main qui l’a posé. L’image qui en résulte a quelque chose de tremblant\, d’inachevé — non pas par défaut\, mais par nature. Comme si elle continuait de se former sous nos yeux. Les paysages chez Thomas deviennent des souvenirs lumineux : les Caraïbes\, l’Amérique centrale\, le sud de la France\, autant de géographies intérieures qui reviennent sous forme de climats colorés. Lui-même parle de « mémoire géographique » : une mémoire qui ne retient pas les détails mais les températures\, les densités\, les vibrations. Ce qu’on garde d’un lieu quand on l’a quitté depuis longtemps. \nLes Irlandais ont un mot\, loinnir\, pour désigner la lumière du soleil qui danse sur la mer – ce bruissement lumineux à la surface de l’eau. Il y a du loinnir chez Thomas Lesigne : les couleurs vibrent\, miroitent\, étirent le temps et refusent la fixité. Elles révèlent et dissimulent à la fois\, comme dans un rêve dont on ne saurait plus dire s’il appartient au passé ou si on l’a construit de toutes pièces. \nTrois artistes\, trois gestes\, trois manières de répondre à la même question. Et il pourrait y en avoir tant d’autres. Mais leur point commun est de ne pas chercher à domestiquer totalement cette lumière\, de ne pas s’attarder uniquement sur le phénomène optique. Ce qui est plutôt à l’œuvre dans leurs pratiques\, c’est l’attention : cette faculté rare de se laisser toucher par ce qui passe. \nOn sort peut-être de l’exposition avec une perception légèrement modifiée. Plus attentive au murmure des choses\, à leur susurration lumineuse. On lève les yeux sans raison\, et on remarque\, sur un mur\, un chatoiement qu’on n’aurait pas vu avant. Un komorebi. Il n’existe qu’une fois\, à ce moment-là. \nCamille Merklen
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SUMMARY:Group Show • ‘ET JE DIS À L'OMBRE\, RESTE !’
DESCRIPTION:Et je dis à l’ombre\, reste ! Reste près de moi\, reste dans la lumière tamisée de la pièce\, reste en dépit de tous les rayons qui t’éloignent et t’obligent à te dissiper.  \nParce que tu es pleine de ressources secrètes. Une forêt obscure dans laquelle puiser de la beauté. Une indication. Une muette comparaison avec l’onde de la vie. Un double de nous-mêmes avec lequel nous voulons tour à tour jouer et combattre. \nJe ne t’ai pas toujours aimé. J’ai dû faire avec ta nature ténébreuse et t’apprivoiser\, toi qui ne te donnes pas facilement. Et c’est pour cette raison que je t’implore d’être là\, en toute heure et en tout lieu\, pour conjurer l’incomplétude de qui je suis au monde et m’aider à être entier\, présent\, pur… \nD’une certaine façon\, la peinture est une aventure de l’ombre. Elle découle d’un contrat tacite entre elle et nous\, entre ce que nous ne voyons pas et ce qui se loge pourtant dans notre silhouette active\, dans les plis de notre corps\, dans l’étendue de nos pas. Elle fabrique les songes\, aussi\, elle est le territoire de la nuit qui nous emplit d’un mystère abyssal et astral\, d’une méditation profonde sur l’univers et les différents moments de notre existence. Ce sont des liens que les quatre artistes présentés ici possèdent\, bien qu’à première vue\, leurs œuvres ne comportent pas ou peu d’ombre. Mais leur inspiration\, qui puise dans le tréfonds des choses\, dans les racines même\, met en lumière l’autre côté du visible et nous permet de voir quelque chose qui ne se donne pas facilement.  \nAinsi des paysages de Lucile Soussan qui enclenchent en nous le sentiment d’un temps ancien\, d’une connexion avec l’habitat troglodyte de nos ancêtres préhistoriques\, de notre relation à la caverne des premiers âges. Sa vue de Bemaraha à Madagascar nous fait plonger dans l’entrebâillement d’une gorge naturelle où des végétations parviennent à trouver un peu de lumière et à se faufiler dans la mâchoire épaisse de gigantesques pierres. Plus loin\, c’est la représentation d’un fossile incrusté dans le sol qui souligne l’antique royaume perdu des existences lointaines. Avec l’artiste\, nous sommes jetés dans l’au-delà du passé\, revenus à notre nature brute et sauvage\, à notre rapport intime au végétal et au territoire\, comme si elle tissait des ponts entre nous et l’histoire\, entre notre origine et notre devenir. \nDes paysages qui façonnent aussi notre regard comme ceux de Théo David où la lumière franche de la Méditerranée vient écraser la perspective et fait émerger\, comme d’antiques monolithes\, des collines de sel et de roche. On dirait que la matière souffre par moment\, comme si les monts saignaient d’une blessure tenace\, mais que la peau du monde devait s’en trouver renforcée\, habitée elle-même par des cieux d’un bleu cinglant\, presque violent. À cette certaine noirceur des tableaux contrastent des aplats d’une douceur étonnante\, tel ce jaune pastel ou ce bleu azur qui viennent entourer les monuments naturels et confèrent une impression d’apaisement à l’ensemble\, montrant par là la bataille des éléments et le mouvement de la Terre\, ses strates géologiques et thermiques qui font aussi ce que nous sommes. La vue d’une grotte\, en abstraction pure\, poursuit la ténacité d’une voie d’ombre dans le travail du peintre. \nPour autant\, l’ombre est aussi l’apanage de nos corps\, de nos figures endurcies et enjouées\, de l’habitacle singulier de notre âme. Elle se loge dans l’esprit même de nos parures individuelles\,de notre visage présenté devant les autres et de nos rôles. Au jeu de les révéler en couleur\, Félix Deschamps Mak excelle. Il déploie dans plusieurs toiles l’expression corporelle des spectateurs et acteurs du grand cirque de nos vies et comment ceux-là assistent\, impuissants ou actifs\, au désastre intime qu’est l’existence de chacun. Il pointe des situations théâtrales\, dont les accidents et les guerres\, d’où il extirpe une puissance ombrageuse\, faite de réactions vives et d’ancrage frappant\, comme si les pieds de ses personnages étaient lestés\, voire même cloués sur un sol pourtant glissant… \nAvec Iris Cabos\, il y a des éclats de couleur qui jaillissent en des myriades de traces peintes\, comme dans les toiles quasi abstraites de la fin de vie de Claude Monet ou dans les compositions florales de Joan Mitchell. On est frappé par ces traits fauves qui secouent la rétine et nous font sentir que notre regard est l’ombre qui s’est justement absentée du tableau. Aussi de ces nuées qui semblent avoir fait fondre une palette en autant de petits nuages colorés et qui donnent une atmosphère sensible à la personne qui les contemple. À la lumière vive des aquarelles existe une pointe d’opacité et de mystère que l’artiste révèle et qui nous emporte avec elle dans une ivresse printanière et ombragée. \nJean-Baptiste Gauvin \n 
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